Pourquoi les arbres tombent-ils?

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- Questions de sécheresse ?


Peut-être bien que oui. Mais peut-être bien que non aussi.
A priori, le phénomène n’est pas lié directement au très long épisode de sécheresse de cet été, même s’il s’est prolongé jusqu’à la veille du brutal basculement hivernal.
Forestier naturaliste pour le Comité scientifique régional du patrimoine naturel, Laurent Lathuillière, explique que si des arbres ont pu être fragilisés par le manque d’eau, c’est à cause de stress hydriques issus de l'année précédente et au-delà…C’est le principe de la cavitation qui entre en jeu. Lors d’épisodes de sécheresse sévères et prolongés (de plus en plus fréquents), les végétaux continuent à transpirer mais ne parviennent plus à trouver dans le sol l’apport hydrique nécessaire à la remontée de sève. Des bulles d’air se forment alors dans les canaux.
Dans le cas des arbres dont les canaux de remontée de sève ont été obstrués, la circulation peut ne pas reprendre. Les parties de l’arbre ainsi dévitalisées (ou l’arbre entier qui aura pu être déséquilibré par une partie en feuille et l’autre pas) sont susceptibles de casser.

 


- Questions de poids de la neige sur des arbres en feuille ?
 

Directeur du laboratoire de physique et physiologie intégratives de l’arbre, UMR Piaf, Bruno Moulia penche plutôt pour cette hypothèse. Et reste plus réservé sur l’impact de la cavitation.
« Le passage brutal de l’été tardif (avec des feuilles sur les arbres) à la neige arrivée sur des feuillages encore trop denses, a soumis les arbres à une forte charge… »
Mais cela suppose que ce soit surtout les feuillus qui aient cassé plus que d’habitude. Ce qui n’a matériellement pas pu être vérifié. Les arbres s’adaptent aux contraintes mécaniques, mais…
En outre, l’incidence du facteur "feuillage persistant" devrait avoir moins affecté les peuplements de montagne. En altitude, stimulée par les épisodes hivernaux, la sélection est responsable d’adaptation morphologique qui rend les peuplements plus résistants, explique Laurent Lathuillière.
 

« On a récemment montré, en forêt, en conditions naturelles, que les arbres s’adaptent aux contraintes mécaniques subies », confirme Bruno Moulia. C’est l’exemple des ports de branche plus inclinés pour permettre à la neige et au givre de mieux s’écouler.
 

- Le facteur vent qui s’est ajouté à la neige ?


C’est une explication que Bruno Moulia invite à prendre en compte. « Les situations neige + vent sont les plus délétères pour les arbres […]. Ils s’adaptent en effet aux contraintes mécaniques subies, mais surtout vis-à-vis du vent cela prend du temps. Ici c’est arrivé soudainement. » 


Que ce soit les hêtres, les épicéas, les pins, les arbustes, les jeunes pousses ou les arbres anciens, lorsqu’ils sont exposés aux rafales, peuvent vaciller. "Arrivé à une certaine vitesse, le vent aura un effet mécanique sur les arbres. On rencontre dans nos forêts des arbres dont la hauteur peut atteindre 40 à 50 mètres. Au-delà d’une certaine hauteur, le vent peut les faire tomber", déplore le professeur. "La profondeur des sols entre également en jeu, si l’enracinement est moins profond. L’accrochage est donc inévitablement moins important. S’il a beaucoup plu, le sol détrempé peut accentuer le phénomène. Pour les résineux, leur cime se charge d’eau, l’effet levier est donc plus important".Les vents forts et fréquents, dans des zones géographiques particulières (côtes maritimes, haute montagne), ont sur les arbres des effets progressifs, physiologiques (augmentation de l’évapotranspiration) et mécaniques (port « en drapeau »). Les troncs peuvent de plus être ovalisés : pour les résineux, les cernes sont toujours plus larges du côté abrité, contrairement aux feuillus. À l’extrême, les arbres sont torturés, plaqués au sol, nanifiés.
 
Mais les tempêtes ont, elles, des effets bien plus dévastateurs sur les peuplements de production : les grandes tempêtes périodiques constituent sans conteste possible la cause de dommage forestier la plus importante du point de vue des volumes concernés. En vingt ans, de 1982 à 2001, les volumes de chablis ont représenté plus du quart de la récolte en France ou encore 7 années de production biologique.